Bannir les membres de son serveur : une solution obsolète ?
Un membre dérape, un modérateur clique sur « Bannir », et l'affaire semble réglée. Pourtant, le ban est loin d'être infaillible. Il ne touche pas les autres comptes que le membre a déjà sur le serveur. Il peut bloquer des innocents. Et il n'empêche pas toujours le banni d'écrire à vos membres en privé.
Bonne nouvelle, Discord et les bots proposent aujourd'hui de quoi s'en passer dans presque tous les cas. Le plus souvent, il suffit de doser la sanction selon l'infraction. Et quand il faut vraiment écarter quelqu'un, mieux vaut l'isoler que le mettre dehors.
Un ban plus fragile qu'il n'y paraît
Un ban ne vise pas seulement un compte. Comme l'indique Discord, « les bannissements de serveur sont basés sur les adresses IP », ces sortes d'adresses postales de votre connexion internet. Or le format historique, l'IPv4, est en pénurie, si bien que certains opérateurs attribuent la même adresse à de nombreux abonnés, y compris en 4G et en 5G. Un ban peut donc bloquer des inconnus qui partagent simplement la même adresse que le membre sanctionné.
À l'inverse, il suffit souvent de changer de connexion pour le contourner, en passant en 4G ou par un VPN. Et si la personne possède déjà un autre compte sur le serveur, le ban ne le touche pas, puisqu'il ne bloque que les nouvelles arrivées.
Côté banni, le serveur disparaît de sa liste, et Discord lui envoie un MP depuis son compte système. Ce message est identique pour un kick et pour un ban, et ne précise jamais le motif. Certains bots tentent d'envoyer la raison en MP, mais un MP met du temps à partir. Le ban passe le plus souvent avant et, une fois le membre parti, le bot ne partage plus de serveur avec lui. Le message n'arrive alors jamais.

S'il tombe plus tard sur une invitation du serveur, elle s'affiche comme un « Lien d'invitation invalide », avec pour seule mention « L'utilisateur est banni de ce serveur ». Là encore, aucune explication.

Le ban a aussi un coût. Quand un booster est banni, le serveur perd ses boosts. Sur un gros serveur, qui paie souvent des abonnements de bots, certains modérateurs hésitent alors à sanctionner un booster comme les autres. Ce n'est pas le cas partout, mais cette modération à deux vitesses existe bel et bien.
Quant aux messages privés, le ban ne les ferme qu'en partie. Le banni peut encore écrire à ses amis, et à toute personne avec qui il partage un autre serveur aux MP ouverts. Avec un compte inactif, n'importe qui peut aussi récupérer la liste des membres, ce qu'on appelle le scraping. Il suffit ensuite d'envoyer des demandes d'ami en masse depuis d'autres comptes, ban ou pas.
Enfin, un ban vécu comme injuste règle rarement le conflit. Bien souvent, la personne revient avec un autre compte, encore plus remontée qu'avant. C'est l'effet boomerang.
Des sanctions à la mesure de l'infraction
Entre fermer les yeux et bannir, il existe toute une échelle de sanctions, de la plus légère à la plus lourde. Chaque étape laisse au membre une chance de corriger le tir.
En criminologie, une vitre cassée qu'on ne répare pas finit par en attirer d'autres. Sur un serveur, si la seule sanction à disposition est le ban, on hésite à l'utiliser pour un simple mot de travers. Ces petites infractions finissent alors par devenir la norme.
Le premier barreau, c'est l'avertissement, un rappel des règles à la main ou par un bot. L'AutoMod de Discord en fournit une version intégrée : un message bloqué n'est visible que par son auteur, accompagné d'un avertissement personnalisé par les modérateurs.

Vient ensuite le timeout, ou exclusion temporaire, une sorte de mise au coin. Il s'applique d'un clic droit sur le membre puis « Exclure » sur ordinateur, ou avec « Exclure temporairement » depuis son profil sur mobile. Six durées sont proposées, de 60 secondes à 1 semaine ; seuls les bots vont jusqu'à 28 jours, et AutoMod peut aussi l'appliquer lui-même.

Le membre continue de lire les salons, mais ne peut plus écrire, ajouter de nouvelles réactions ni rejoindre un vocal. Un compte à rebours lui indique la fin de la sanction, sans en donner la raison. Ses messages privés, en revanche, restent ouverts, et il peut toujours écrire aux autres membres.

En timeout, impossible d'interagir avec les bots, or il est souvent nécessaire d'utiliser un bouton ou un sélecteur pour ouvrir un ticket et faire appel. Mieux vaut donc réserver le timeout aux sanctions d'une heure au plus… à moins, justement, de ne pas vouloir que le membre vienne plaider sa cause.
Pour automatiser les avertissements et les timeouts, des bots comme Sapphire ou DraftBot font très bien l'affaire.
Pour une sanction plus longue, on passe au mute par rôle, très répandu avant l'arrivée du timeout. Le membre reçoit un rôle qui l'empêche d'écrire et de réagir. Il peut toujours lire les salons et ouvrir un ticket pour discuter de sa sanction. Des bots comme Carl-bot ou RaidProtect s'en chargent.

L'expulsion, ou kick (« Expulser »), reste à la marge de cette échelle, car elle ne sanctionne pas une infraction. Elle signifie qu'en l'état, le serveur n'est pas fait pour la personne, prise dans son ensemble. Pensez à un compte qui propose des photos dénudées. Rien d'interdit en soi, mais ce n'est pas sa place chez vous. S'il revient sans avoir changé, on passe à l'isolement. Le kick fait toutefois perdre au membre sa progression, comme ses rôles de niveau.
Isoler le membre et bloquer ses MP
Reste le cas où un membre ne doit plus participer du tout. Au lieu de le bannir, on peut l'isoler, ou le mettre en jail (en prison). Un rôle lui retire alors l'accès à tout le serveur, sauf à un salon prévu pour lui. Contrairement à un mute, qui laisse lire les salons, l'isolement doit être complet pour remplacer un ban.
Isolé, le membre partage pourtant toujours le serveur avec les autres, et peut donc encore leur écrire en privé. C'est là qu'intervient le blocage des MP, qui empêche les membres qui ne sont pas amis de s'écrire. Une fois les deux en place, le membre isolé se retrouve dans la même situation qu'un banni, sans les défauts du ban :

Le seul point où le ban garde l'avantage, ce sont les conversations privées ouvertes avant le blocage, d'où l'intérêt de l'activer tôt. En obligeant chacun à passer par une demande d'ami, le blocage protège aussi tout le serveur des arnaques. Discord le propose dans ses actions de sécurité (« Suspendre les MPs »), mais pour 24 heures au plus, à renouveler à la main. Des bots comme DM Disabler ou RaidProtect s'en chargent pour vous.
Mettre en place l'isolement
On crée un rôle d'isolement (« Isolé », « Quarantaine »…) sans aucune permission. Chaque catégorie et chaque salon lui refuse ensuite tout grâce à une surcharge (override, une permission réglée salon par salon). Un salon d'isolement, ouvert à ce seul rôle, permet au membre de comprendre sa sanction et de faire appel.

Fait à la main, ce réglage laisse vite passer un salon oublié ou un autre rôle qui rouvre l'accès. Dans la pratique, c'est donc un bot qui gère l'isolement.
Ce que votre bot doit faire
Avant de choisir un bot pour isoler vos membres, vérifiez qu'il :
- retire les autres rôles du membre, les met de côté le temps de la sanction et les lui rend à la levée ;
- ajoute automatiquement la surcharge aux salons créés après coup ;
- remet automatiquement l'isolement à un membre qui quitte le serveur puis revient ;
- sait reprendre la liste de vos bannis : il enregistre chaque ban comme un isolement, puis révoque le bannissement.
Pensez aussi à placer le rôle du bot au-dessus des rôles qu'il doit retirer, sans quoi il ne peut pas y toucher.
Une fois ce bot en place, nous vous conseillons même d'aller jusqu'au bout : convertissez tous vos bannissements en isolements. Le bot lève chaque ban et garde la sanction en mémoire. Si un ancien banni revient, il lui remet aussitôt le rôle d'isolement, et plus personne ne reste bloqué à cause d'une adresse IP partagée.
Certains bots de modération, comme Carl-bot ou Dyno, permettent de détourner leur mute en isolement. Il suffit de leur donner un rôle de mute qui retire l'accès à tous les salons. RaidProtect, lui, conçoit dès le départ sa sanction comme un isolement.
Et dans les cas graves ?
Même face à un contenu illégal, l'isolement reste préférable au ban. Bannir un compte qui partage des contenus pédocriminels peut bloquer au passage un innocent sur la même antenne 4G. L'ordre a d'ailleurs son importance : isoler, signaler, puis supprimer, car un message supprimé ne peut plus être signalé. Signalez-le d'abord à Discord, dont la fenêtre de signalement propose normalement de le supprimer dans la foulée. En France, déposez aussi un signalement sur PHAROS, la plateforme officielle de signalement des contenus illicites.
Un raid, quand des dizaines de comptes rejoignent un serveur pour le spammer, ne fait pas exception. Si ces comptes tournent sur des serveurs informatiques loués pour l'occasion, le ban par IP fait mouche, car il ne bloque que l'attaquant. Mais s'ils tournent sur des ordinateurs piratés, leurs adresses IP sont celles de vraies personnes, et le ban risque de bloquer aussi des innocents, par simple effet de bord. Et au moment du raid, rien ne permet de savoir sur quelles machines tournent ces comptes.
Le ban n'a pas disparu, mais tant que l'IPv4 reste la norme pour la plupart des utilisateurs, il fait courir un risque à des personnes qui n'ont rien fait. À notre avis, il vaut mieux s'en passer. Pour les infractions du quotidien, une sanction graduée laisse au membre une chance de se rattraper. Pour écarter quelqu'un durablement, un rôle d'isolement associé au blocage des MP fait le même travail, sans toucher personne d'autre. Et si vous ne deviez changer qu'une chose dès aujourd'hui, le blocage des MP serait un bon début, car c'est tout le serveur qui en profite.
Pour en discuter avec d'autres équipes de modération, vous pouvez rejoindre Slash FR, notre serveur communautaire d'entraide autour de Discord.
